Les habitants de Taverny qui, le 26 juin 2010, ont vu arriver dans leur ville des dizaines de milliers d’Iraniens sont en droit de se poser des questions sur eux et sur les organisateurs du rassemblement: qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Que veulent-ils ? Comment sont-ils organisés ? Pourquoi Taverny ? Nous allons essayer de leur répondre.

La diaspora iranienne

Près de cinq millions d’Iraniens vivent hors de leur pays d’origine. Dans leur grande majorité ils ont quitté l’Iran pour trouver, à l’étranger, davantage de liberté et des conditions de vie meilleures. Certains, comme on dit, « ne font pas de politique » et s’accommodent fort bien de leurs nouveau statut, mais beaucoup gardent la nostalgie du pays natal qu’ils voudraient voir débarrassé de la dictature islamique intégriste en place depuis la chute du Chah, en 1979. Ils sont ainsi conduits à soutenir moralement et financièrement le principal mouvement d’opposition au régime des mollahs : Le Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI).

Depuis 2004, ils participent massivement au rassemblement annuel de la Résistance, à la fin du mois de juin.

Le régime des mollahs

Il est basé sur le principe de la suprématie du religieux. Il existe un semblant de système démocratique, avec un parlement et un président élus, mais en fait tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains du Guide suprême, Khomeiny puis Khamenei.

Le Guide suprême doit forcément appartenir au clergé chiite. Il est au dessus des lois et tous les responsables sont nommés par lui ou par les autorités qu’il a lui-même mises en place. Il est désigné à vie et n’est responsable devant aucune autorité. Cette désignation est faite par l’Assemblée des experts, dont les candidats, obligatoirement des mollahs, doivent passer par le crible des membres du Conseil de surveillance, eux même désignés par le Guide suprême qui est donc, en fait, le seul habilité à choisir son successeur.

Le « véto étatique » permet au Guide d’opposer son véto à toute décision ou projet qu’il considère comme contraire à ses intérêts et que les organismes officiels de contrôle ont pu laisser passer.

Enfin, pour empêcher toute tentative de réforme, l’article 177 de la Constitution stipule : « Le contenu des articles portant sur le caractère islamique du système et la conformité de toutes les lois et règlements aux préceptes islamiques ainsi que les fondements et les objectifs de la République islamique d’Iran et les principes de la tutelle et de la gouvernance de l’Imam sont inaltérables ».

Le règne de la terreur

Le régime s’appuie sur le Corps des gardiens de la révolution, les pasdarans, qui contrôlent la quasi-totalité des ressources du pays. Il s’agit d’une armée parallèle à l’armée régulière, forte d’environ 150 000 hommes, spécialisée dans les basses besognes et qui réprime férocement toute tentative d’opposition au régime. Viols, tortures des manifestants arrêtés sont monnaie courante dans les prisons. Les opposants accusés de « guerre contre Dieu » sont exécutés sans jugement. En 1988, sur une fatwa de Khomeiny, 30 000 prisonniers politiques ont été massacrés.

La Résistance iranienne

Elle a pour objectif l’établissement en Iran d’un régime démocratique respectueux des droits de l’homme et de toutes les libertés, avec l’abolition de la torture et de la peine de mort, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la liberté de culte, l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect des conventions et des règles internationales, la non ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, le respect des minorités ethniques nationales, l’abandon du programme nucléaire militaire.

Le Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI)

C’est une vaste coalition d’organisations, de groupes et de personnalités démocratiques iraniens. Elle a été fondée en 1981 par Massoud Radjavi, le dirigeant historique de la Résistance. Parlement en exil, le CNRI représente un vaste éventail des tendances politiques en Iran. Il compte 540 membres avec notamment les représentants des minorités ethniques et religieuses comme les Kurdes, les Baloutches, les Arméniens, les Juifs et les Zoroastriens. Les femmes forment 52% des membres du Conseil.

Cinq organisations sont aussi membres du CNRI, dont l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), le groupe de résistance le plus grand et le plus populaire à l’intérieur de l’Iran. C’est l’OMPI que les Occidentaux, en geste de bonne volonté envers les dirigeants iraniens, ont placé sur la liste des organisations terroristes ; pas le CNRI. En 2009, l’OMPI a été retirée de la liste européenne.

Construire l’avenir de l’Iran

L’objectif de la Résistance n’est pas d’accaparer le pouvoir en Iran après la chute du régime actuel mais d’assurer le transfert pacifique du pouvoir au peuple iranien, jusqu’à la tenue d’élections libres et équitables, sous contrôle international, pour désigner les membres d’une assemblée nationale législative et constituante.

Le CNRI est prêt à gérer les affaires du pays pendant une période de transition qui ne devra pas excéder six mois. Il a constitué 25 commissions formant l’ossature d’un gouvernement provisoire. Chacune est présidée par une personnalité politique experte dans son domaine.

En août 1993, le CNRI a élu à l’unanimité Maryam Radjavi présidente de la République pour la période de transition. Née en 1953 à Téhéran, Maryam Radjavi est ingénieur en métallurgie. Elle fut l’une des dirigeantes du mouvement opposé au Chah dans les années 1970. Le Chah a fait exécuter l’une de ses sœurs et le régime de Khomeiny en a assassiné une autre qui était enceinte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi Auvers-sur-Oise ?

Lorsque Massoud Radjavi, sorti en 1979 des prisons du Chah, s’opposa à Khomeiny en refusant d’adhérer au principe de la suprématie absolue du religieux, il dut quitter précipitamment l’Iran et se réfugia chez son frère cardiologue à Auvers-sur Oise. Il y fut rejoint par de nombreux partisans et la petite ville du Val-d’Oise devint la capitale de la Résistance. En juin 1986, au terme de négociations engagées par le gouvernement de Jacques Chirac avec Téhéran pour obtenir la libération des otages français au Liban, Massoud Radjavi fut expulsé et gagna Bagdad puis le camp d’Achraf. Le 17 juin 2003, à la suite d’un accord passé entre Dominique de Villepin et les dirigeants iraniens, 1200 policiers prirent d’assaut le siège du CNRI et les résidences des Résistants iraniens arrêtant Maryam Radjavi qui fut libérée début juillet. Chaque année le CNRI organise un rassemblement à la même époque qui se tint successivement à Cergy-le-Haut, au Bourget, à Villepinte et, cette année, à Taverny.

A propos d’Achraf

Au cours du rassemblement, il fut beaucoup question de la cité d’Achraf.

Située en Irak, dans la province de Diyala elle regroupe 3400 moudjahidine dont un millier de femmes. Ce sont elles qui occupent tous les postes de responsabilité. Achraf, symbole de la résistance aux mollahs, connait des jours difficiles. Depuis que les Américains ont cédé le contrôle du camp au gouvernement irakien, le 1er janvier 2009, Nouri al-Maliki, ami des mollahs, lui impose un sévère blocus et menace d’extrader ses résidents. Une agression des forces armées irakiennes en juillet 2009 a fait 11 morts, 500 blessés, 36 personnes prises en otages et seulement libérées, à l’article de la mort après 72 jours de grève de la faim. Jusqu’à la fin de l’année2008, de nombreuses personnalités internationales ont été reçues à Achraf, ainsi que plusieurs délégations d’habitants du Val d’Oise.

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Mots croisés 135

Horizontalement I Les membres de la commission de la mort en ont gros sur la leur. II Paroissiens. III Défiée. / Opus. IV Marques. / A l’origine de la grève. V Indices britanniques. / Equitable Outre-Manche. VI Eléments d’archipel. /…